jeudi 13 mai 2010

TOMBEAU DE KARL BARTH

À Jean-Marie Glé sj.

CRISE
L’an mil neuf cent trente-quatre,
Tu es sur terre et Dieu aux cieux
Lui seul parle vraiment de Dieu,
Écouter importe, dit Barth.

Le jour n’est plus à caviller,
Un führer d’enfer t’a foutu
Au bal des fous, valseras-tu
Au pas de ce reître botté?

Reçois ici et maintenant,
Un Dieu caché te démontrant,
La formidable altérité,

De son voilement souverain
Dans les abysses de l’humain,
Son pavillon parmi les siens.

CHRISTOLOGIE
Très bas ce serviteur des cœurs pilés,
Horsain au soin des plaies du tout venant
Dépouillé, gisant seul, agonisant ;
Père ému devant son enfant rentré ;

Et roi abrogeant tout endettement ;
Ou berger lâchant cent moutons au pré
Pour un seul perdu et l’ayant trouvé,
Arrose son retour avec ses gens.

Bafoué, maltraité tout comme un chien ;
Enfoui le soir dans un tombeau d’emprunt ;
Haussé, il appela tous les mortels

À vêtir l’aube de la lumière
Et s’asseoir à la table princière
Dressée dès l’aurore du monde.

ESCHATA
Dix décembre mil neuf cent soixante
Huit: l'ami musicien, « liebe Mozart »,
Cessa ce jour-là d’éveiller Karl Barth :
Fin d’une existence militante,

Vouée au labeur dur de prédicateur
Proclamant clairement sans rien gommer
À tous les captifs la liberté,
Livrée à la maturation du cœur.

De très bon matin Karl Barth se hâta
D’accourir chez Dieu et dans son jardin
De savourer les fruits qu’il désira

En leur belle présence changés. Et
Chantant, dansant, un air de Mozart
Il entra là dans son éternité.

PARC BRASSENS

Oui, maintenant que l’été Indien vient roussir
Dans le Parc Brassens les feuillages délicats,
Il semble que les vers ne cessent de surgir,
Sans tracas à la seule cadence des pas


Du promeneur. Un jet vif de perles fuse
D’ici bas vers le ciel bleuté duveté d’un blanc
Laineux, puis plongeant dans le bassin, ruse
D’aquareller de fauve son eau jusqu’au banc

Où un lecteur ravi goûte l’allégresse
D’un sourire d’été s’attardant sur Paris.
Alors très peu de monde à cet instant paresse

Dans les allées. Une rumeur bien lointaine
De conversations affaiblit le brouhaha.
Du Bellay, je bois heureux à ta fontaine.
Paris, 15 octobre 200

mercredi 24 février 2010

POIEMATA 2010

AVENUE MOZART

Avenue Mozart,
L huîtrier
Déclare:

"Ce sont des « Garnier !»
Ainsi se nomme
L'homme de l'art.

Sont-elles bonnes,
Pour le Palais?
Dit ma pomme.

Sur les lèvres polissonnes
D’une dame,
Frissonnait
Un souris.

Mais voici :
De marbre,
Soudain ici,
Son mari.

Paris, 14 février 2010.

POIEMATA 2009

MONT LU
En souvenir d'une montée

Tôt le matin, dans la brume,
Très lentement nous gravîmes
L’à-pic abrupt sous la cime
Du mon Lu : odeur de grume

Sous la pluie. Flamboiement
D’éclairs cravachant le sable,
De longues lames instables,
Sous les vents vifs de l''ouragan.

Mille oisillons sifflaient, pépiaient,
Sous le couvert des bois lavés.
L’ondée sur nos visages.

Fut le grand plaisir d'un instant,
Et l'averse un baiser mouillé,
De bel amour pour le présent.
Paris, le 7 février 2009.

POIEMATA 2008

COSTANZA 1
Dis-moi miroir étincelant,
Si du bleu vif à mes paupières
Convient à mes beaux yeux,
Si un rouge très vermeil
Teinte mes lèvres de lumière,
Si un parfum de fraise
À mon passage rafraîchit l’air ?
Monte-Catini, le 3 juin 2008.

COSTANZA 2
Costanza va à l’école maternelle,
Elle parle, elle chante en italien,
À la maison, elle cause
Beaucoup, elle cause le français.

A table, elle dit sagement :
En langue Babar.Puis-je ?
La soir venu sa mère
Raconte le récit d’une princesse
Éprise d’ungrand dragon noir.
Monte-Catini, le 2 juin 2008.

FUNICULAIRE
Il craque
Quand les roues cognent
Aux épis d'un croisement.
Il grimpe
Entre des maisons ocre et de grands cyprès.
Il longe
Un joli bosquet d’acacias,
Passe
Près d’un gros olivier esseulé,
Grimpe
Encore pour arriver là-haut.
Il pleuvote,
Le ciel est gris
De gris à Monte-Catini-Alto.

Monte-Catini, le 4 juin 2008

NOCTURNE
Ni rien, ni personne,
Pôle éblouissant de vie,
Sans contours, sans forme,

Est-il sourire
Où obscure nuit,
Quand mon souffle prie?

Vers lui, sans voix,
Sans l’heur d’un émoi,
Je vais sans l'atteindre.
Crozon, 8 juillet 2008

LA BAUME
Au bord lointain d’une terrasse,
Un pin penché sous le mistral
Filtre à l’évidure de ses branches
La vapeur précieuse du vaste horizon

Azuré que les belles lavandes
Rangées en mailles bien tricotées
De part et d’autre de l'allée
Comme un Cézanne ocre orangé.

La pierraille crisse sous mes pas,
Un cyprès en fil à plomb
Dresse vers le ciel sa verticale

Ouverte à cet instant de lumière
Où l’écureuil grimpe au chêne vert,
Où l'enfant chante à la Baume.

Aix-en-Provence le 17 juillet 2008

AMIS
D’accords en différents, l’harmonie
De l’amitié retrouvée, renouvelée,
Sème la lumière, moissonne l’éclair
À l’heure douce d’un verre.
Autour d’une table basse.

Derrière la baie : voilà l’océan
Vrillé de perles et d’écailles.
Les voiliers ancrés au port
Attendent qu’un vent se lève
Et les entraîne au large.

La parole hausse la vie ;
C’est l’instant d’un patient
Bonheur.

S’il est dernier, peu importe ;
C'est le don d’une minute
Claire.
Crozon, le 21 août 2008.